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Relations algéro-françaises…Ce que le président Tebboune a dit au quotidien «Le Figaro»

L’entretien accordé par le président, Abdelmadjid Tebboune, au quotidien français «Le Figaro», a porté sur plusieurs points d’actualité , notamment, les relations algéro-françaises.

Par Hakima Laouli

Circulation des personnes entre les deux pays, augmentation des laissez-passers consulaires, «une certaine complicité» avec le président Macron en lequel il voit l’incarnation d’une nouvelle génération qui peut sauver les relations entre les deux pays…et autres. Le Président de République a répondu à toutes les questions du journaliste du quotidien «Le Figaro» dans un langage direct, franc et surtout précis.

Circulation des personnes : respecter les accords d’Evian

A la question sur le rétablissement du volume des visas d’avant 2019, le chef de l’Etat dira que cela est dans la logique des choses du fait qu’il ne s’agit que de revenir aux accords d’Evian de 1962 et de l’accord de 1968, et de les respecter : «Il y a une spécificité algérienne, même par rapport aux autres pays maghrébins. Elle a été négociée et il convient de la respecter».

Quant à l’augmentation du nombre des laissez-passers consulaires, cela ne doit concerner que les algériens ne disposant que de la nationalité algérienne et qui ne respectent pas la loi française. L’autre condition est qu’ils ne soient pas radicalisés : «il y a des algériens qui se sont radicalisés en France, mais il faut chercher à savoir pourquoi, car la radicalité n’est pas algérienne. Il y a enfin ceux qui sont partis de France ou de Belgique et qui se sont radicalisés en Syrie ou ailleurs. De ceux-là, l’Algérie ne peut être tenue pour responsable. Je souligne que seuls 250 Algériens partis d’Europe ont rejoint Daech»

Se libérer des complexes de colonisateur et de colonisé

Le président Tebboune fait observer que «75 à 80 vols quotidiens, soit 400 vols par semaine, relient nos deux pays dans les deux sens et ils sont pleins à l’aller comme au retour». Il n’y a pas un seul autre pays que l’Algérie avec lequel la France a une pareille intensité d’échanges, soutient-il.

Le chef de l’Etat mettra en avant la nécessité pour la France de «se libérer de son complexe de colonisateur» et l’Algérie de «son complexe de colonisé». Il poursuivra que la France est une puissance mondiale et indépendante, l’Algérie est une puissance africaine qui ne ressemble plus du tout à ce qu’elle était en 1962. Plus de 60 ans après, «il faut passer à autre chose».

Evoquant une «certaine complicité» avec le président Macron, M. Tebboune affirme voir en son homologue français, «l’incarnation d’une nouvelle génération qui peut sauver les relations entre nos deux pays». C’est la première fois, ajoutera-t-il, «qu’il y a une telle relation de confiance entre nos deux pays. Celle-ci était auparavant en deçà de ce qu’elle devait être, à cause d’une minorité agissante en France». Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, se rendra en France, en 2023, en visite d’Etat.

La France n’a pas demandé une augmentation des exportations de gaz

Par ailleurs, interrogé sur l’augmentation des exportations de gaz vers la France, M. Tebboune dira qu’il n’y a pas eu de demande de la France dans ce sens mais «si la France nous demandait d’augmenter nos exportations de gaz, nous le ferions. L’Italie, elle, l’a demandé». Quand l’Algérie dispose de surplus en la matière, affirme le Président de la République, l’Algérie en fait profiter les autres pays. «L’Union européenne et la France ne sont pas des adversaires. Nous sommes tenus à des relations de bon voisinage» dit-il.

Dépolitiser et remettre à l’histoire une partie de la colonisation

La volonté sincère des deux parties, algérienne et française, d’ouvrir une nouvelle ère des relations franco-algériennes ne doit occulter la question de la mémoire. Le président Tebboune est formel : «Une partie de la colonisation doit être dépolitisée et remise à l’histoire. Il faut prendre en compte les 132 ans d’occupation, car tout ne commence pas avec la guerre d’indépendance. Il y a des faits avérés, archivés, documentés, qu’on ne peut pas cacher, des écrits les attestent».

Pour ce qui est des essais nucléaires dans le désert algérien, «nous demandons que la France nettoie les sites de ces essaies. Nous souhaitons aussi qu’elle prenne en charge les soins médicaux dont ont besoin les personnes sur place».

Concernant l’enseignement de la langue française qui, selon le journaliste du Figaro, recule en Algérie, le président répliquera : «Il n’y a pas de recul. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1962, sur 9 millions d’Algériens, 900.000 parlaient plus ou moins académiquement la langue française. En 2022, l’Algérie compte 27 millions de locuteurs qui maîtrisent le Français sur 45 millions d’habitants. C’est donc beaucoup plus».

Toutefois, poursuivra-t-il, «le français n’a pas à être imposé aux Algériens, c’est aux familles de choisir. Et l’Algérie ne s’est pas libérée pour faire partie d’un je ne sais quel Commonwealth linguistique. L’anglais a la cote car c’est une langue universelle. Les Anglo-saxons ont pris le dessus sur les Latins, c’est ainsi… ».

Sahel : Le règlement de la situation passe par l’Algérie

Sur la situation au Sahel, en proie à une double crise politique et sécuritaire, le président Tebboune affirme : «Le règlement de la situation sur place passe évidemment par l’Algérie. Dans cette crise, l’Algérie a un raisonnement de voisin, elle ne fait pas de géopolitique, comme d’autres. Il est regrettable que la France, à un certain moment, n’ait pas voulu que l’Algérie exerce son ascendant».

Le président Tebboune poursuivra : «le terrorisme n’est pas ce qui me préoccupe le plus, nous pouvons le vaincre. Je suis beaucoup plus inquiet par le fait que le Sahel s’enfonce dans la misère. Là-bas, la solution est à 80% économique et à 20% sécuritaire».

L’islamisme «derrière nous»

Parlant de l’islamisme, le président algérien est formel : «l’islamisme est derrière nous, il ne représente plus un danger politique même s’il subsiste quelques reliquats. Il est dommage que les services étrangers refusent de le constater et présentent toujours notre pays comme infesté par l’islamisme. Je le déplore».

L’Algérie, «un pays libre. Personne ne pourra jamais le satelliser»

Au sujet de «l’opération russe en Ukraine», le président algérien dira : «Je n’approuve ni ne condamne l’opération russe en Ukraine. L’Algérie est un pays non aligné, et je tiens au respect de cette philosophie». Il poursuivra : «Personne ne pourra jamais satelliser l’Algérie. Notre pays est né pour être libre».

Maroc : «Les marocains ont honoré le football arabe et surtout maghrébin»

Interrogé sur la rupture des relations avec le Maroc, le président répondra en ces mots : «Nous avons rompu pour ne pas faire la guerre et aucun pays ne peut se poser en médiateur entre nous». Il soulignera toutefois que «c’est le régime marocain qui cause des problèmes, pas le peuple marocain. 80000 de ses ressortissants vivent d’ailleurs chez nous en très bonne intelligence».

Aussi, l’Algérie est fière de l’exploit de l’équipe de football marocaine à la Coupe du monde 2022 : «Bien sûr que nous avons applaudi la performance des Marocains ! Les Marocains ont honoré le football arabe et surtout le football maghrébin. Ils nous avaient aussi applaudis quand nous avions gagné la Coupe d’Afrique des nations».

Hirak : «les Algériens ne voulaient pas que l’entourage du président Bouteflika leur impose quoi que ce soit»

Sur le Hirak, le président Tebboune dira que les Algériens ont fait preuve d’une grande maturité et qu’ils réclamaient pacifiquement du changement, «ils ne voulaient pas que l’entourage du président Bouteflika – paix à son âme – leur impose quoi que ce soit». Dans ces circonstances, poursuivra le chef de l’Etat, «l’armée a été d’une grande sagesse et a bien géré la situation».

M. Tebboune se présentera-t-il pour un deuxième mandat présidentiel ? «Je réserve ma décision aux algériens» a-t-il répondu au journaliste du Figaro, Ludovic MARIN.

H.L.

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