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M.Moussa Ismael TOURE, Directeur Général de l’Agence de la Promotion des Investisseurs au Mali ( API)

«La Diaspora aura la possibilité de jouer un rôle de plus en plus important dans l’investissement»

Fortement dépendante de l’extérieur et très exposée aux aléas climatiques, l’économie malienne confirme sur la période récente (2019/2020) sa résilience avec un taux de croissance économique moyen élevé de +5,7% entre 2014 et 2019, taux nettement supérieur (près du double) à celui de l’ensemble du continent africain sur la même période (+3,31%). Ceci en dépit de multiples défis auxquels le pays fait face. Pour 2021, les perspectives macroéconomiques sont jugées bonnes. Forte, la présence économique française positionne la France comme principal partenaire économique du Mali. Stabilisation durable du contexte politique, amélioration effective du climat des affaires et réforme du secteur clé de l’énergie sont des points d’attention des investisseurs mobilisés ou qui prospectent au Mali.

Les investisseurs pourraient augmenter, avec l’entrée en vigueur de la loi sur les partenaires publics-privés et l’opérationnalisation du Fonds de développement durable, pour les projets régionaux, notamment dans le Nord du pays. Côté demande, l’investissement a fortement augmenté de plus de 8%, reflétant en partie l’augmentation des investisseurs privés pour la première fois depuis 2012, et les efforts du gouvernement pour réduire les déficits d’infrastructure. Pour plus de détails, M.Moussa Ismael Touré a bien bien voulu nous éclairer sur ces questions.

Propos recueillis par: Youcef Maallemi

Algerieinvest.com : Bonjour Monsieur Touré, en votre qualité de Directeur général de l’Agence de Promotion des Investissements au Mali (API-Mali), quel bilan faites-vous des années 2019/2020

M.Moussa Ismail Touré : Les deux dernières années ont été complexes pour une structure comme la nôtre dont la mission est d’attirer et accompagner les investisseurs. Aux préoccupations sécuritaires et socio-politiques s’est rajouté la pandémie mondiale liée au virus du Covid-19 avec ses conséquences. Je ne vous apprendrai donc rien en vous disant que nos activités et résultats ont été impactés. Par contre, je suis malgré tout satisfait de nos performances car elles ont été appréciables et appréciées au regard du contexte. En effet, malgré le contexte particulier et peu favorable auquel nous avons dû faire face, l’Agence a été en mesure de délivrer des résultats à la hauteur des efforts fournis. La baisse de certains indicateurs comme celui relatif à la création d’entreprise (près de 15.000 en 2020 représentant un recul de 11% par rapport à 2019) a été contenue. Le nombre de projets agrées au Code des investissements et les emplois prévisionnels ont été aussi affectés. Par contre les intentions d’investissements enregistrées à travers les agréments au Code, ont enregistré une légère progression de 4% par rapport à 2019 pour se situer à plus de 86 milliards CFA. Grâce à la nouvelle dynamique de se rapprocher davantage des investisseurs et entrepreneurs déjà installés et renforcer nos activités d’accompagnement à leur endroit, nous avons pu lancer le Women Business Center (WBC) qui est le Guichet Unique dédié aux femmes entrepreneures, accompagner plus de 2000 d’entre elles durant la période. Le développement de nouveaux partenariats avec les institutions comme ONU Femmes, UNCDF, GIZ, … a renforcé ces acquis. Nous avons aussi accéléré notre agenda de transformation de notre système d’information avec des investissements importants et la dématérialisation de plusieurs processus métier. Enfin, nos quatre antennes régionales ont poursuivi leur développement et la région de Mopti a bénéficié de programmes spécifiques en faveur de l’entreprenariat féminin.

Quels sont les ajustements opérés par l’API-Mali pour mieux accompagner les investisseurs en cette double crise sanitaire et économique ? Y-a-t-ils des plans de soutien annoncés par le Gouvernement malien ?

Les entreprises maliennes n’ont pas été en marge des impacts négatifs de cette crise due à la pandémie de la COVID19. Pour les accompagner dans la reprise de leurs activités, le gouvernement a pris des mesures d’assouplissement. Celles-ci portent sur l’exonération de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), sur les factures d’eau et d’électricité depuis le mois d’avril 2020. La date limite de soumission des déclarations d’impôts sur les bénéfices (I/BIC) et d’impôt sur les sociétés (IS) a été reportée au 31 mai 2020. Le paiement de certaines taxes a été suspendu pour les mois d’avril à décembre 2020. C’est le cas de la CFE (Contribution Forfaitaire des Entreprises) et de la Taxe de logement (TL). Ces mesures concernent les contribuables (personnes physiques et personnes morales), assujettis à l’I/BIC, à l’IS et qui relèvent du régime réel d’imposition ainsi qu’aux (personnes physiques et morales) relevant du régime de l’impôt synthétique. Pour ce qui concerne l’API-Mali, développons des outils d’aide à la décision d’investissement pour les potentiels investisseurs. Nous portons la réalisation de plusieurs Business Plan pour des opportunités d’investissement bien identifiées et dimensionnées qui seront mis à disposition progressivement au cours de l’année 2021. De même, nos actions de facilitation d’accès aux informations et de communications seront poursuivies et renforcées.

Le Mali se veut un pays émergent d’ici 2030, quelle est la mission de l’API-Mali dans ce sens ?

L’API-Mali s’inscrit dans une dynamique de simplification et de modernisation des procédures à travers la digitalisation progressive des services qu’elle offre aux usagers. L’opérationnalisation prochaine de la création d’entreprise 100% en ligne va dans ce sens. La modernisation permettra aussi de donner de l’intelligence aux nombreuses données que nous collectons et proposer des services à valeur ajoutée à tous les acteurs. Nos missions principales de promotion de la destination Mali et de facilitation de l’initiative privé sont amenées à se renforcer. De ce fait, l’API-Mali devrait, avec une volonté politique affichée et l’effectivité de son indispensable soutien, être au cœur de l’atteinte de cette émergence en drainant le volume d’investissements nécessaires. Gardant à l’esprit que le Mali est en concurrence avec pas seulement ses voisins mais tous les pays en Afrique ainsi que de tous les continents, nous devrons rendre le Mali plus attractif grâce à de profondes réformes pour améliorer le climat des affaires, consolider les conditions du développement d’un secteur privé fort locomotive d’un développement économique et social équilibré, partagé et inclusif.

Comment se portent les relations entre l’Algérie et le Mali sur le plan de l’investissement ?

L’API-Mali a effectué 2 missions en Algérie il y a deux ans, avec des grands opérateurs économiques maliens. Elles ont permis de confirmer que la volonté de renforcement des relations économiques entre les deux pays, portée par les plus hautes autorités, était partagée par les acteurs privés des deux côtés. Pour traduire cette convergence des volontés en échanges commerciaux et en investissements réels, la réalisation des infrastructures de transport, de communication et énergétiques nous semble être un prérequis. Un début d’exécution est observé avec l’obtention de la quatrième licence d’opérateur téléphonique au Mali par l’opérateur algérien Mobilis. Ce dernier prévoit d’investir des dizaines de millions de dollars dans l’économie malienne. Cette tendance doit s’accélérer. Les évènement politiques et sociaux vécus ces derniers mois dans les deux pays ont été causes de ralentissement. Nous devons reprendre au plus vite. Les liens historiques entre nos deux pays doivent conduire les acteurs économiques d’aujourd’hui à considérer le Mali comme la 49ème wilaya de l’Algérie!

Qu’est ce qui va changer, d’après vous, après Coronavirus dans le secteur de l’investissement au Mali ?La crise de la Covid-19 aura affecté négativement les indicateurs économiques et de développement. Nous le découvrirons davantage avec le temps. Mais comme toute chose, cette crise ouvrira de nouvelles perspectives. De nouvelles opportunités. Un réajustement des priorités en de tous les niveaux et de tous les acteurs naîtra. Les projets futurs seront revus pour prendre en compte les nouvelles façons de travailler, de communiquer, d’investir. Il nous appartiendra de nous réorganiser pour être apte à saisir ces nouvelles opportunités et offrir les solutions idoines aux investisseurs. Nos stratégies vont accorder plus de place aux initiatives pour générer et faciliter le réinvestissement. La Diaspora aura la possibilité de jouer rôle de plus en plus important. C’est en cela que nous invitons l’ensemble de investisseurs à venir avec nous Faire le Pari du Mali!

Y.M.

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