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Rachid Sekak à propos de la Situation du secteur bancaire algérien à fin 2022 : «notre secteur bancaire reste fragile»

"Les banques publiques continuent de dominer le marché"

Dans sa communication présentée à l’IEDF de Koléa la semaine dernière, M. Rachid Sekkak a  abordé  les caractéristiques du secteur bancaire algérien et relevé ses vulnérabilités.

M. Rachid SEKAK a débuté sa carrière en 1983 en qualité d’enseignant à l’Université de Californie puis à l’Université d’Alger Avant de rejoindre en 1990 la Banque d’Algérie en tant que Secrétaire général du Conseil de la Monnaie et du Crédit puis comme directeur de la dette extérieure. Dans ce cadre , il a activement participé à la renégociation de la dette extérieure de l’Algérie en Club de Paris et en Club de Londres Il rejoint ensuite l’Union de Banques Arabes et Françaises (Groupe Crédit Lyonnais) d’abord comme directeur du réseau et de la zone Asie puis comme directeur de la zone Afrique et de la division commerciale chargée des projets énergétiques et des activités de négoce de commodités. En 2006, il rejoint le groupe HSBC et devient directeur général de HSBC Algeria. Depuis 2015, il active dans le Conseil et la formation bancaire et financière. Rachid SEKAK est titulaire d’un Master of Business Administration (MBA) en finance de l’Université de Californie et d’une Maîtrise en économie financière de l’Université d’Alger Décoré de l’Ordre de l’Empire Britannique (MBE) par Sa Majesté la Reine Elisabeth II.

Par Khaled Remouche

Rachid Sekak, économiste, ex Directeur central à la Banque d’Algérie a dressé  dans une conférence donnée à l’IEDF de Koléa, la situation du secteur bancaire algérien à fin 2022. Le spécialiste en finances a d’emblée présenté les caractéristiques du secteur bancaire algérien. Premier constat : le secteur bancaire national reste de taille modeste à environ un total de bilan de 160 milliards de dollars (22003 milliards de dinars). La capitalisation de la place se situe à 80% du PIB, contre 122 % au Maroc, a-t-il relevé.

Second constat : les banques publiques continuent de dominer le marché. Le total du bilan, des banques publiques est de 19.366 milliards de dinars, celui  des 13 banques privées atteint un montant de  2638 milliards de dinars à fin 2022. Les banques publiques représentent 88% du total du  bilan de la place, une proportion en hausse par rapport à celle de 2021 : 86,2%.  A titre de comparaison, Rachid Sekak indique que la plus petite banque publique la BDL avec un total bilan de 1513  milliards de dinars est de trois plus grande que la plus grande banque privée Société Générale qui dispose d’un total bilan de seulement 441 milliards de dinars. On observe, ajoute-t-il, la même domination  au niveau de la configuration des réseaux bancaires. Le nombre d’agences bancaires en 2022 est de 1626 agences dont 1226 sont publiques, soit 75% de tout le réseau bancaire national et 400 agences de banques privées, soit 25 % du total des agences. Les structures dédiées à la finance islamique s’élèvent à 54 agences, soit 3,3% du total.

Troisième caractéristique du secteur : la forte mobilité des bilans, souligne Rachid Sekak, cache  des évolutions contradictoires très significatives. En premier lieu, les dépôts de la clientèle augmentent sensiblement de 15,54% en 2022.  Le spécialiste explique cette croissance principalement par les dépôts en hausse de Sonatrach à la BEA en raison de la flambée des prix du pétrole «Cette évolution trouve sa genèse dans la hausse des dépôts chez la BEA de 30,28% (+ 886 milliards de dinars). Cette hausse propre à la BEA est fortement liée au secteur des hydrocarbures. Elle explique pour 46,21% la hausse des dépôts observés chez les banques publiques», précise-t-il. Rachid Sekak souligne qu’un tiers des dépôts proviennent des ménages, 25 % des entreprises privées et un peu plus de 40% des entreprises et organes publics. Les dépôts auprès d’Algérie Poste s’élèvent à 1348 milliards de dinars.

Un tiers des dépôts proviennent des ménages, 25 % des entreprises privées et 40 % des entreprises et organes publics.

 Les dépôts tirés de la finance islamique, eux, sont globalement de 546 milliards de dinars. En second lieu, alors que les dépôts sont en hausse, les crédits à la clientèle stagnent. Le spécialiste note, à cet égard, que les banques publiques participent à hauteur de 84,70% aux crédits destinés  à la clientèle et les banques privées à 15,30%. Les prêts à la clientèle sont en hausse seulement de 1,8% (en contexte d’inflation à 9,70%), note-t-il. Presque même topo aussi bien chez les banques publiques que chez les banques privées. «La hausse chez les banques publiques a été de 1,86% contre 2% chez les banques privées ». Rachid Sekak conclut que la hausse des dépôts observée suite à l’amélioration des prix des hydrocarbures ne s’est pas traduite par une hausse de l’activité crédit. «Ce constat soulève la question de la réalité du processus de relance qui est affichée par les autorités» estime-t-il.

Autre tendance : les banques publiques financent la quasi-totalité des crédits au secteur public, mais aussi les trois quarts des crédits au secteur privé. Les banques privées, elles sont absentes, des crédits au secteur public et contribuent à hauteur de 25 % des crédits au secteur privé. En troisième lieu, la part des titres publics dans les bilans bancaires restent importants. «Globalement, le montant des titres et assimilables détenues par nos banques publiques est, à fin  2022, de 5493 milliards de dinars soit 30, 68% du total des bilans contre 4799 milliards de dinars à fin 2021 soit 28% du total des bilans. Ce montant était de 1301 milliards de dinars à fin 2020 (9,49% du total des bilans).

En conclusion, Rachid Sekak souligne que la situation de notre secteur bancaire est symptomatique d’une économie qui a bénéficié d’une embellie financière externe mais qui rencontre de gros soucis de relance de l’investissement productif. « Notre secteur bancaire reste fragile et son intermédiation largement inefficace. Nos banques publiques sont devenues de facto des banquiers importants du Trésor et donc deviennent  de plus en plus sensibles à l’évolution de nos finances publiques et donc à l’évolution des cours des hydrocarbures» observe-t-il. Le spécialiste, in fine,  avertit : «que se passera-t-il  en cas de retournement abrupt  du marché des hydrocarbures qui pourrait réduire à la fois la liquidité du marché et la capacité du Trésor à faire face à sa dette. Une nouvelle et profonde crise de liquidité n’est pas une hypothèse à ignorer».

K.R.

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