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M. Hakim Soufi, CEO de la compagnie d’assurances MacirVie: «Le seul frein au lancement des InsurTech est d’ordre législatif»

Fervent défenseur de la digitalisation de tout le secteur des assurances, le N°1 de MacirVie énumère, dans le présent entretien, les nombreux changements ô combien positifs qu’apporteraient les InsurTechs une fois autorisées à entrer en activité dans notre pays : Efficacité dans la gestion des dossiers, rapidité dans le paiement des sinistres, bancarisation et lutte contre l’informel…et autres.

Elles sont là ces startups prêtes à révolutionner le secteur des assurances, voire tout le secteur économique. Faute de législation, elles se limitent considérablement dans leur action. De notre interlocuteur, nous apprenons toutefois que des réflexions sont engagées au niveau du ministère des Finances pour leur permettre de fleurir au grand bonheur des nombreux utilisateurs d’internet et des smartphones.

Pour ce qui est de la cybersécurité, il affirme que c’est un défi stratégique majeur à l’échelle du pays. Il soutient que la priorité doit être donnée aux sociétés algériennes, spécialisées dans le domaine, en prenant en compte le facteur vital de confidentialité des données.

Entretien réalisé par : Mehdi Maarouf

Algerieinvest : Beaucoup voient en MacirVie la future première InsurTech en Algérie. Est-ce bien le cas ?

M. Hakim Soufi : Personne ne peut savoir ce que l’avenir nous réserve. MacirVie est une société d’assurance de personnes dont le cœur est le digital et le numérique. Nos équipes et moi-même l’avons imaginée et construite, grâce à Dieu, sur le modèle d’une InsurTech mais nous n’en sommes pas une, du moins pas comme nous le souhaiterions. Mais pourquoi pas ?

Quels sont, selon vous, les véritables freins au lancement effectif des InsurTechs dans notre pays ?

Le seul frein est d’ordre législatif. Si nous souhaitons voir fleurir les InsurTech dans notre pays, il faudrait :

  • Leur exiger un capital social minimum bien en deçà des exigences actuelles qui sont de 2 milliards de dinars de capital pour la partie dommages (véhicules, multirisque habitation, Cat-Nat etc…) et 1 milliard de dinars pour la partie vie (assurance voyage, groupe et vie), pour les faire passer à 10 millions de dinars par ligne de garantie
  • Mettre à la disposition de tous, les textes d’application sur la signature électronique permettant ainsi de faire le «closing» des contrats et que les signatures des deux parties puissent être opposables aux tiers
  • Autoriser la numérisation de tous les contrats d’assurances et permettre leur reconnaissance par toutes les administrations et les forces de sécurité (pour les attestations auto), et ce, sur simple présentation du QR Code ou autres éléments d’identification dudit document sur smartphone

Sauf que je me dois de vous dire que les réflexions sont lancées au niveau du ministère des Finances qui, je vous le dis très sincèrement, font preuve d’une écoute exceptionnelle, instructive et constructive. Je veux par ce biais les remercier et leur donner tout le respect qui est dû à leur rang et à leur expertise et leur professionnalisme pour développer le marché en ce sens et le promouvoir.

Qu’est ce qui va changer concrètement avec l’arrivée de ces InsurTechs ?

Beaucoup de choses :

  • En premier, ce sont des nouveaux acteurs (digitaux) qui arriveront sur le marché. Ils vont générer de la concurrence et donc de l’émulation. Cela veut dire de nouveaux produits, un nouveau mode de consommation et donc un enrichissement de l’offre en assurance
  • Une aisance dans la souscription des contrats d’assurance, donc mécaniquement plus de souscriptions
  • Vu que les InsurTech n’ont pas, par essence, de réseaux de distribution, elles s’appuient sur les réseaux sociaux et la publicité «online», elles vont permettre une plus grande pénétration de la culture de l’assurance surtout vis-à-vis de la nouvelle typologie de clients, sans oublier les clients d’autres générations en recherche de nouveaux services plus performants
  • Une plus grande efficacité dans la gestion des dossiers sinistres
  • Une plus grande rapidité dans le paiement des sinistres
  • De nouveaux emplois
  • Des recettes fiscales importantes
  • Possibilité d’internationalisation à partir de notre pays du moment que tout se fait sur internet. En réalité, aujourd’hui, grâce à ce type d’outils et/ou de vecteurs, une petite société peut potentiellement devenir une multinationale
  • De la traçabilité dans les mouvements de fonds puisque tout est payé et remboursé par des virements bancaires. De la sorte, les InsurTech participeront à la lutte contre l’informel et aideront à une plus grande bancarisation.
  • Promouvoir à l’international la destination «Algérie» en tant que «startup nation» et attirer, ainsi, des investissements directs étrangers et locaux sur ce segment d’activité
  • De la transparence du fait que tous les process seront traçables. Ce qui indique des modes de gouvernance de qualité et donc, la possibilité de mettre en haut de bilan la labellisation ISO qui est un gage de fiabilité des entreprises au niveau international et qui compte dans la valorisation des entreprises de ce type qui seront autorisées à travailler en Algérie Incha’ALLAH

Vous avez pris part à la 33ème Conférence du GAIF à Oran, quelles sont vos propositions de nouveaux produits face aux nouveaux risques (Cybersécurité, pandémie et catastrophes naturelles) ?

Du fait de l’accélération de l’adoption du numérique dans notre pays, les bases de données et les systèmes d’information sont de plus en plus nombreux et les architectures de plus en plus menacées par des cyberattaques. La cybersécurité définit et englobe tous les moyens permettant d’assurer la protection et l’intégrité des données, sensibles ou non, au sein d’une infrastructure numérique. C’est une spécialité au sein des métiers des systèmes d’information. Elle est vitale pour défendre toutes les organisations des menaces majeures qui pèsent sur le web, devenant de plus en plus récurrentes. C’est un véritable enjeu de sécurité nationale. C’est, donc, un défi stratégique majeur à l’échelle du pays.

De plus, en 2020, 60% de la population mondiale était connectée à Internet, soit 4,66 milliards d’internautes dans le monde, 4,2 milliards d’utilisateurs des réseaux sociaux pour 6h54 passées, en moyenne, en ligne selon le dernier Digital Report 2021, publié par HootSuite & We Are Social.

Dans son rapport d’avril 2022 intitulé «Comprendre le numérique en Algérie» et portant sur l’analyse du «Algeria Digital Report» par Data Reportal, le GAAN (Groupement algérien des acteurs du numérique), nous partage ces précieuses informations : «Le taux de pénétration internet en Algérie dépasse, pour la première fois, la barre des 60%. Une augmentation de 7,3% par rapport à l’année passée». Cela signifie qu’Internet est désormais accessible partout en Algérie et que plus nous y pénétrons, plus le risque cyber est important. Dans le même rapport, il est indiqué que «le taux de connectivité mobile en Algérie est de 103%. Cela signifie que, sur les 44,98 millions d’Algériens, 46,57 millions disposent d’une ligne mobile». Aussi, «l’hyper-connectivité des Algériens (…) se fait massivement sur mobile, à hauteur de 98%». Le même document rapporte également que «les Algériens se connectent à 59% sur mobile (+13% par rapport à l’année passée) et de moins en moins sur ordinateur. Seulement 39% des connexions à Internet se font via ordinateur, soit 15% de moins que l’année passée ».

Autre information, «23% des Algériens disposent d’une carte de débit, ce qui correspond, en effet, aux chiffres annoncés par le ministère de la Poste et des Télécommunications : 11 millions de détenteurs de cartes Edahabia et/ou CIB». Tout cela pour dire que partant de ces données, nous ne sommes plus en capacité de faire fi des risques cybers et nous sommes obligés de prendre les mesures nécessaires pour déployer des contremesures défensives face à ces menaces.

Par ailleurs, le risque cyber est désormais considéré par de nombreuses organisations comme le premier risque pesant sur elles. Les «incidents cyber» se placent, ainsi, en tête du baromètre mondial des risques 2022 du classement Davos. On est, par conséquent, face à une menace majeure sur les organisations, quelle que soit leur nature. Selon le dernier baromètre du Cesin (Club des experts de la sécurité de l’information et du numérique), plus d’une entreprise sur deux aurait subi entre une et trois attaques cyber, au cours de l’année 2021. On parle là des attaques réussies avec des conséquences très lourdes. «L’ampleur et la virulence ne cessent d’augmenter», souligne le Cesin, qui révèle que six entreprises sur dix ont connu un impact sur leur business, en particulier une perturbation de la production (21%), et/ou une compromission d’information (14%), et/ou une indisponibilité du site web pendant une période significative.

Quant aux exemples de menaces, ils sont légions : récupération des bases de données, paralysie des systèmes d’information de l’entreprise, blocage de ses sites, détournements de fonds, publication d’informations privées et/ou confidentielles, le phishing, les arnaques sur Internet, le téléchargement accidentel de programmes malveillants, etc. Ce sont, donc, des menaces terribles à ne pas prendre à la légère.

Sommes-nous appelés à tout sécuriser ?

Cela n’est pas moins qu’une évidence. Cela passe par faire appel aux entreprises de cybersécurité que nous avons, en Algérie, et qui sont, très sincèrement, de très haut niveau, algériennes et membres du GAAN.

Pour y faire face, il faut pouvoir déployer une stratégie de défense des organisations quel que soit leur type et/ou leur nature. Elle doit être basée, d’abord, sur une législation incitant à l’adoption de ce type de politique au sein des organisations par des mesures fiscales et parafiscales. Elle doit soutenir (fiscalement) l’acquisition de matériels et de solutions adéquats, instaurer l’obligation aux organisations de signer avec les entreprises de cybersécurité dès la première année de leur activité, tout en faisant très attention à organiser les niveaux de sécurité en fonction de la taille des entreprises et le secteur dans lequel elles activent. On doit aussi donner la priorité aux sociétés algériennes de cybersécurité qui déploieront des stratégies et politiques de sécurité adaptées à nos besoins et, surtout, qui prennent en compte le facteur vital de confidentialité des données, dans notre pays, consacrée dans la loi n°18-07 du 10 juin 2018 relative à la protection des personnes physiques dans le traitement des données à caractère personnel. Une stratégie basée, aussi, sur l’obligation de la formation d’ingénieurs, en ce sens, et qui permette de les rémunérer au niveau qui doit être le leur.

Le secteur des assurances est naturellement conscient de l’impérieuse nécessité de s’outiller en ce sens, mais faut-il encore lui donner les moyens pour contrer ces menaces.

M. M.

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