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M. Hakim Damou, le président de la Confédération générale du patronat (CGP/ BTPH) : «Il faut relancer le marché des équipements publics»

Plus de 6 000 entreprises du BTPH ont fermé depuis le début de la crise financière dans le pays, à laquelle s’ajoute la crise de la Covid-19. Le secteur a perdu près de 600 000 emplois sur un ensemble de  1,2 millions. Hakim Damou, le président de la CGP/BTPH fait état d’un sérieux problème d’établissement des prix de réalisation des logements mais aussi le manque de commandes pour la réalisation d’équipements publics dans les secteurs de l’éducation, la sport, la santé et autres. Il lance un appel aux pouvoirs publics pour se pencher sérieusement sur les problèmes de ce secteur. 

Entretien réalisé par : Kamelia El-Maik

Algerieinvest : Présentez-nous la CGP/BTPH

M. Hakim Damou : La Confédération générale du patronat (CGP/ BTPH) est une organisation qui existe depuis 1989. Elle regroupe quelques 5000 entrepreneurs de 38 wilayas du pays. On a toujours été présent dans l’économie nationale à travers notre activité qui est le bâtiment, travaux publics et hydraulique (BTPH). Depuis 2012, le gouvernement nous fait appel pour prendre part à l’élaboration de nouvelles lois, nous présentons nos propositions et nous faisons part de nos préoccupations.

De par notre expérience, nous constatons que les nouveaux textes ne sont appliqués que des mois, voire des années après. Aussi, au niveau local, il y a un problème de compréhension et de transmission de la bonne information. Avec notre bureau national, on essaie de communiquer avec les concernés et faire en sorte que ces derniers adhèrent à notre manière de faire.

La chute des prix du pétrole a eu un impact considérable sur votre activité. Comment se porte aujourd’hui le secteur?

Il est malheureux qu’on soit encore dépendant de cette fluctuation des prix des hydrocarbures. Nous avons de grandes richesses dans notre pays. Nous avons des compétences. Et surtout, nous avons de vrais patriotes. Des algériens installés à l’étranger veulent revenir pour investir ici en Algérie. Malheureusement, ils hésitent à franchir le pas. Ils appréhendent les difficultés liées à l’investissement dans les conditions actuelles dans notre pays.

En 2022, des projets sont encore en suspens à cause de problèmes dérisoires ! Pourquoi les responsables locaux ne font pas le nécessaire pour résoudre les problèmes ? Ces problèmes qui étouffent les algériens. Des entrepreneurs sont décédés, en laissant de grosses dettes à leurs enfants !

Durant toute cette période de blocage, les matériaux se détériorent parce qu’ils ne sont pas entretenus. L’entrepreneur perd. Le citoyen aussi perd parce qu’il ne bénéficie pas des projets prévus dans la localité. L’Etat est également perdant. Je demande à ce que ces problèmes soient réglés. Il faut absolument assainir la situation. Laquelle situation perdure depuis des années, en portant préjudice à l’Etat, au citoyen et à l’entrepreneur.

Où se situe exactement le blocage ?

Des opérateurs ont investi et se trouvent devant un mur. Le manque de commandes publiques nous pénalise fortement. Il y a des wilayas où était prévue la réalisation de 30 à 40 équipements publics. Elles se sont retrouvées avec seulement 5 à 7 projets. On soumissionne avec des prix d’avant la crise, alors que tout a augmenté. Des augmentations qui vont jusqu’à 300%. Le cuivre a explosé. Le rond à béton aussi.

En 2022, on délivre les autorisations de programmes à partir de la centrale, alors que chaque wilaya, chaque région, a ses spécificités. Il faudrait des études à part, des prix à part. On est en train de réaliser des logements à des prix fixes. Et ce sont d’anciens prix. Il est impossible de réaliser de belles habitations, confortables, avec des matériaux de qualité, à seulement 3 400 000 DA.

L’Etat affirme qu’il ne peut pas augmenter les prix. Qu’il trouve alors des solutions de financement ! Faisons en sorte que les trois parties (citoyen, entrepreneur et Etat) gagnent dans cette opération commerciale, économique. Comparons les chiffres des charges fiscales et parafiscales entre 2018-2019 et 2021. Une petite entreprise qui payait en 2018-2019, entre 40 et 50 millions de dinars d’impôts et de charges de la sécurité sociale, se retrouve à payer seulement 7 millions. C’est une perte de près de 80%. Une perte pour l’Etat algérien. Que l’Etat aide alors ces entreprises pour retrouver leur niveau d’avant pour pérenniser l’emploi.

On voit bien que notre pays s’industrialise, il y a de la création de la richesse et de l’emploi

On a beau créer des industries, créer des emplois dans l’industrie, 900 entreprises qui ont eu l’autorisation d’exploitation, c’est excellent. Mai qui va consommer si on n’a pas d’emplois ? Je parle particulièrement de l’emploi dans le bâtiment. On était à plus de 1,2 million de postes dans le secteur, on a perdu près de 800 000 depuis 2014. Ceci pour les emplois directs, ceux indirects, n’en parlons pas. Le bâtiment est le secteur qui emploie tous types de compétences (ingénieur, architecte, conducteur…et autres). On laisse un million de personnes sans emploi, vous imaginez le nombre et l’état des familles derrière ? Il faut vraiment prendre ce problème à bras le corps.

Plus de 26 000 entreprises du BTPH ont fermé. C’est énorme. Il est vrai qu’elles sont, pour la plupart, de très petites entreprises mais elles ont un savoir-faire. Elles ont réalisé, fait un chiffre d’affaires, ont payé leurs charges, ont travaillé pour ce pays. Il faut absolument trouver des solutions pour la reconversion.

Est-ce que vous avez été associé à l’élaboration du nouveau code de l’investissement ?

Nous avons envoyé un courrier pour participer et faire des propositions. Ils ont pris quatre ou cinq organisations. Nous avons eu toutefois connaissance du contenu. Nous apprécions certains points mais nous constatons qu’il y a des manques. Ceux qui veulent investir dans notre pays sont les bienvenus, qu’ils soient des nationaux ou des étrangers. Ce sera bénéfique pour le pays. Pour ceux qui sont ici, nous demandons à ce que l’Etat leur facilite l’accès aux crédits. De laisser aussi ceux qui ont des assiettes de terrains créer des zones d’activités, des zones industrielles.

On vient de sortir de la Covid-19 et d’une situation économique chaotique, quelles sont vos propositions pour améliorer la situation dans le secteur du BTPH ?

Quand le bâtiment va, tout va. Il y a plus de 1000 emplois dans le bâtiment. Beaucoup de services sont liés à ce secteur et tout est à l’arrêt aujourd’hui. Des opérateurs ont été encouragés à investir et ils l’ont fait. Quand on voit la qualité de la peinture, la qualité des matériaux, le PVC, la qualité de la céramique, c’est extraordinaire. Cependant, tous ces produits ont besoin d’un marché. Soit dans le pays, soit à l’international.

A l’occasion, je lance un appel au ministre des Affaires étrangères pour inciter nos ambassadeurs à faire la promotion de nos produits à l’étranger, notamment en Afrique. Ces ambassadeurs doivent inviter les entreprises réalisatrices et productrices à explorer les marchés dans ces pays. Il faut aussi que des banques s’y installent pour rassurer nos opérateurs.

Au niveau local, le marché devrait être relancé le plutôt possible, avec des projets dans l’éducation nationale, le sport, la santé et autres. Il faut absolument relancer le marché des équipements publics. Les prix du pétrole augmentent, il y a donc des possibilités de financement.

Un dernier mot, M. Damou

De nature, je suis optimiste. J’aime mon pays. On aime notre pays, on ne le quittera pas. On essaie d’inculquer cela à nos enfants. Nous sommes des entreprises patriotiques. On aime notre pays, on aime nos employés. Le vrai entrepreneur ne quittera jamais son boulot.

K. E.M.

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