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Huile d’olive : «Le verger algérien c’est un verger bio de fait…»

L’Algérie est le 8e pays au monde en termes de production d’huile d’olive, selon Olivier Rives, expert principal-coordinateur et chef de projet PASA du Pôle Soummam, filière oléicole. Il juge que le potentiel de production « est en quelque sorte sous-exploité », tout en assurant qu’en adoptant les bonnes pratiques et avec un peu de mécanisation, notre pays peut progresser de 20 à 30% du volume total. Il estime impératif d’accompagner les producteurs et les mouliniers pour améliorer les bonnes pratiques et aboutir à des huiles vierges extra afin de conquérir les marchés internationaux. L’expert se dit « optimiste » quant aux chances qu’a l’huile algérienne de conquérir les marchés internationaux. L’évènement de la participation avec succès en octobre dernier de 15 moulins rigoureusement sélectionnés par le PASA au plus grand salon professionnel agroalimentaire mondial (le SIAL) est un ‘fort encouragement à la poursuite des efforts de qualité avérée et d’organisation du secteur », dit-il.    

 Propos recueillis par : Younès DJAMA

Algérie Invest : Vous êtes chef de projet PASA du Pôle Soummam dédié à l’huile d’Olive. Comment est né ce programme et en quoi consiste votre travail ?

Olivier Rives : Le PASA est le Programme d’appui au secteur de l’agriculture au titre de ce qu’on appelle les programmes de voisinage. L’Union européenne établit des programmes de coopération avec les pays du sud, de l’est ou du levant. Ce programme est co-piloté par le ministère algérien de l’agriculture. Nous intervenons dans le nord-est de l’Algérie ; en gros autour de la zone de Kabylie. Au départ c’était les wilayas de Bejaïa, Bouira, Tizi-Ouzou, et ensuite nous avons élargi la zone projet, grâce à une autre activité (le dispositif d’appui conseil) aux wilayas voisines, à savoir : Jijel, Bordj Bou Arreridj, Sétif, Médéa et Boumerdès. Le programme a démarré en 2019, nous avons été très gênés par le Covid, car nous ne pouvions plus organiser des réunions et des formations. Nous avons donc obtenu une année supplémentaire, le programme se terminera en décembre 2023.

Où en êtes-vous depuis ?

Nous sommes réellement dans la phase de réalisation. En gros tout ce que nous avons semé est en train de germer. Nous sommes sur le pont avec beaucoup d’activités. Sur notre zone d’activité, nous avons comme bénéficiaires finaux 50 000 producteurs (oléiculteurs) et 1000 moulins (oléifacteurs). Nous représentons 60% des olives triturées et 70% de l’huile produite dans le pays, puisque cette zone est la principale en production.

Cette zone est composée d’un verger traditionnel, de montagne et de piémonts. On appelle ça un verger extensif c’est-à-dire qu’on a un nombre d’arbres à l’hectare qui est assez limité de l’ordre d’une centaine d’arbres à l’hectare. Ce verger extensif est censé mieux résister au changement climatique que des vergers industriels comme en Espagne, leader mondial d’huile d’olive. Ces vergers industriels avec une grande densité d’arbres sont très productifs mais ils subissent de plein fouet, notamment cette année tous les inconvénients du dérèglement climatique avec une très forte baisse de la productivité. Ce qui fait de cette année une mauvaise campagne de production pour l’Espagne notamment et d’autres pays, en Algérie nous espérons limiter la baisse.  

Pouvez-vous nous dresser brièvement le bilan de votre activité depuis le lancement du programme ?

Nous avons fait beaucoup de diagnostics et notamment une étude de consommation (publiée en juillet 2021, ndlr) sur le marché domestique et sur le marché international, à la fois la consommation et le marché. Nous avons confié, via un appel d’offres, cette étude à un grand cabinet international, le PriceWaterHouseCoopers (PwC) Algérie et IMMAR suivant une approche très pragmatique. Nous avons été très surpris par les résultats de cette étude. Nous avons découvert que 80% de la consommation algérienne d’huile d’olive- il en est quasiment de même pour la diaspora-, se porte sur des huiles qui ne sont pas de très bonne qualité, conditionnées dans des emballages type cubitainer (récipient en plastique) qui sont de mauvaise qualité. Il y a évidemment une nécessité de monter en gamme et en qualité, à la fois pour les huiles consommées mais aussi sur le packaging (emballages). Ce sont les grands enseignements de cette étude laquelle nous a permis d’ajuster notre plan d’action pour mieux nous adapter à la réalité locale.

Quelles sont les potentialités dont regorge l’Algérie ?

L’Algérie est le 8e pays au monde en termes de production, c’est un grand pays producteur mais aussi consommateur. Nous avons assez peu de possibilités pour travailler à l’échelle internationale en l’état actuel des choses. Nous estimons que le potentiel de production est en quelque sorte sous-exploité et nous pourrions assez facilement, en adoptant les bonnes pratiques et avec un peu de mécanisation, arriver à progresser de 20 à 30% du volume total. Ce qui va donner des chiffres considérables en termes de production puisque nous avons un verger de 500 000 hectares sur tout le pays. Nous sommes bien positionnés parce que nous avons un verger extensif qui va mieux résister au changement climatique d’autre part, nous avons des atouts avec une belle palette aromatique avec 71 variétés algériennes qui nous permettent d’avoir un goût différent et qui va intéresser le consommateur étranger. Enfin, nous sommes en train d’organiser les mouliniers en groupements d’entreprises exportatrices. Cela me rend optimiste, du fait que le reste du marché mondial est un peu déprimé à cause de ce problème de changement climatique et son impact sur les volumes produits.     

Nous avons observé avec beaucoup de surprise que le consommateur algérien était habitué à une huile qui n’est pas de très grande qualité mais avec un indice de satisfaction de 4,3/5, ce qui est très important dans l’agroalimentaire. Cela veut dire que les Algériens se sont habitués à des goûts indésirables. Cela a une explication historique, puisque les historiens nous disent qu’en 30 ans trois générations d’Algériens ont consommé des huiles de faible qualité avérée dès l’enfance. Il y a donc eu une espèce d’accoutumance à des goûts indésirables. Ce qui est assez logique pour tous les produits et dans tous les pays : tout ce qui a l’odeur et le goût de l’enfance est considéré comme positif.  Les Espagnols ont pris 10 ans à progresser dans le goût, pour passer d’une huile courante à une huile vierge et ensuite extra vierge. Maintenant il n’y a que des huiles vierges extra en Espagne. Vous voyez que c’est une mutation qui prend un certain nombre d’années. Tout cela pour dire qu’il y a très peu d’huiles qui sont au standard international, et en Algérie il y a moins de 5% d’huile vierge extra parce que les mouliniers n’ont pas de marché domestique qui permette de porter cette huile-là. Le marché est beaucoup plus sur les huiles courantes et de plus en plus vierges douces.

La diaspora, elle, est déjà en avance par rapport au reste du pays, il y a une mutation qui est déjà en cours. Nous avons un potentiel de qualité exceptionnel, en termes de qualité organoleptique (analyse sensorielle) de nos huiles qui leur permet de se distinguer sur le marché international. Grâce au verger extensif de montagne, nous avons une palette exceptionnelle d’arômes dans nos huiles qui leur permet de se distinguer sur le marché international. Rien ne sert d’aller envahir le marché standard de l’huile vierge extra du bassin méditerranéen où l’Espagne, l’Italie et la Tunisie détiennent beaucoup de parts de marché. Et si vous ciblez ce marché-là, vous aurez une spirale vers le bas en termes de prix. Il faut donc se démarquer.

Comment justement ?

Nous avons des huiles avec une belle palette aromatique qu’il va falloir privilégier. Il faut donc accompagner les producteurs et les mouliniers pour améliorer les bonnes pratiques et aboutir des huiles vierges extra pour l’export et vierges douces pour le pays. Un dispositif d’appui conseil de 60 conseillers, formés, équipés, diffusent déjà les bonnes pratiques sur le verger et dans les moulins. Également, nous sommes en train de parachever sur le site de Takriet près de Sidi Aïch, à l’ouest de Bejaïa, un grand laboratoire de référence national et international. Depuis notre arrivée en Algérie en 2018, nous avons constaté qu’il n’existe pas d’organisme certificateur accrédité pour l’agriculture biologique.

Nous nous sommes dit qu’il est trop long et très difficile (en tout cas à l’échelle de notre programme à nous) d’accompagner l’émergence et l’accréditation d’un organisme certificateur en Algérie pour l’huile d’olive bio. Nous avons opté pour un raccourci, celui du «zéro résidu». Grâce à des équipements complexes, une technologie et une formation importantes des opérateurs, on va regarder ce qui reste de résidus de pesticides dans l’huile. Il se trouve que l’huile d’olive algérienne a une très faible pression des produits phytosanitaires. Nous avons des vergers que nous pouvons qualifier de rustiques qui sont assez peu sensibles aux maladies. Le verger algérien c’est un verger bio de fait avec une pression phytosanitaire très faible. Il faut cependant le prouver. Et pour consolider nos parts de marché en Algérie et conquérir de nouvelles parts de marché à l’international, si on pouvait leur délivrer un bulletin «zéro résidu », à ce moment-là on va contourner la difficulté du bio. Actuellement, une seule marque peut revendiquer le label bio, marque dont le verger est situé à Akbou (Bejaïa) qui appartient à un grand groupe, elle a demandé la certification à l’organisme Ecocert-Tunisie (filiale d’Ecocert-France). Le processus de certification coûte trop cher. D’où l’alternative du « zéro résidu ».  

Y.D.

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