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Exclusif : Entretien avec M. Christopher Wilkie, Ambassadeur du Canada à Alger

« L’Algérie est l’un des plus importants partenaires commerciaux du Canada sur le continent africain »  

Le Canada et l’Algérie entretiennent des relations  solides et étroites qui ont connu en 2020 une dynamique portée par la volonté commune des deux pays de donner une nouvelle impulsion à la coopération bilatéral. En dépit de la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19), les contacts et les échanges entre les deux pays ont été maintenus et renforcés, tant dans le cadre bilatéral que multilatéral, autour de différentes questions d’intérêt commun sur les plans économique, culturel et politique et dans le cadre de la solidarité réciproque dans le contexte exceptionnel de la crise sanitaire.  M. Christopher Wilkie, ambassadeur du Canada à Alger, nous parle en exclusivité des relations algero-canadiennes.  

Propos recueillis par : Youcef MAALLEMI

Algerieinvest : Excellence, Monsieur l’Ambassadeur, merci de bien avoir voulu prendre le temps de répondre à nos questions. Ces dernières années, la coopération diplomatique entre les deux pays est en plein essor en montrant un fort élan de développement. Quel est justement votre point de vue sur ces relations ?

Mr Christopher Wilkie : Nos pays entretiennent d’excellentes relations diplomatiques et nous partageons des positions communes sur de nombreux enjeux internationaux. L’attachement de l’Algérie au multilatéralisme est bien connu et est partagé par le Canada. Les grands défis auxquels nous faisons face aujourd’hui, tels que les changements climatiques ou la pandémie de la Covid-19, transcendent les frontières et requièrent une collaboration multilatérale. Dans ce contexte, nous avons un rôle à jouer, ensemble, pour renforcer le multilatéralisme. Nos efforts convergent aussi sur plusieurs questions régionales. Par exemple, au Mali, le Canada et l’Algérie travaillent ensemble pour faire avancer l’Accord de paix issu du processus d’Alger. Le Canada reconnait le rôle-clé de l’Algérie comme président du Comité de Suivi de l’Accord (CSA). Je salue d’ailleurs les efforts du Ministre Boukadoum, qui était à Kidal en février pour une réunion du CSA et au Bénin en mars pour la réunion ministérielle du groupe de l’Union Africaine de soutien au Mali. Sur la question du Sahara occidental, le Canada soutient les résolutions de l’ONU et les efforts pour parvenir à une solution pacifique et négociée.

 Quel est le volume d’échanges commerciaux entre le Canada et l’Algérie ?

L’Algérie est l’un des plus importants partenaires commerciaux du Canada sur le continent africain. Les échanges commerciaux entre nos pays se sont élevés à plus de 650 millions de dollars canadiens en 2020. C’est une baisse comparativement à 2019 mais ce n’est pas surprenant dans un contexte de pandémie mondiale qui a mis à mal nos économies. Je demeure confiant quant à un rebond une fois la pandémie derrière nous ; plusieurs secteurs présentent de bonnes perspectives à long terme. Les investissements représentent un élément incontournable de nos relations. Malgré tout ceci, je crois fermement que nos relations sont loin d’avoir atteint leur plein potentiel. Ce peut-être un cliché de le dire, mais c’est bien plus qu’un cliché en pratique : l’Algérie a un potentiel énorme! Et nos pays ont beaucoup en commun : un vaste territoire avec une large part de leurs populations respectives concentrée dans une zone relativement restreinte de ce territoire; des conditions climatiques difficiles dans certaines régions, un vaste littoral, etc. Mais aussi une population riche de sa diversité. Tout ceci a des répercussions tangibles sur nos besoins et sur la façon dont nous envisageons notre développement, y compris celui de nos infrastructures et la façon dont nous organisons le territoire. Bref, nos pays ont beaucoup à apprendre l’un de l’autre.

Dans le cadre de la coopération entre les deux pays, le Canada soutient des actions de développement de l’Algérie. Peut-on connaître quelques réalisations déjà opérées ces dernières années ?

Sans surprise, nos efforts bilatéraux, qui ont totalisé plus d’un million de dollars en 2020, auront fortement été influencés par la pandémie de la Covid-19 : 500 000 dollars à l’UNICEF pour soutenir la réponse de l’Algérie à cette crise; 400 000 dollars aux opérations du Haut-Commissariat pour les réfugiés en Algérie ; et 150 000 dollars par l’entremise du Fonds canadien d’initiatives locales (FCIL) vers des projets visant à faire face à la Covid-19. Ces montants sont complémentés par des programmes canadiens régionaux et multilatéraux (UA, ONU, etc.). Dans les années précédentes, le soutien du Canada, par le biais du FCIL, s’alignait pleinement sur notre Politique d’aide internationale féministe, et donc beaucoup de nos efforts visait à soutenir l’autonomisation des femmes, incluant l’entreprenariat et l’artisanat féminin. Plusieurs projets renforçaient aussi le soutien à l’enfance de même que la protection de l’environnement, notamment la gestion de l’eau. Une fois la pandémie résorbée, ce sont vraisemblablement ces thèmes qui vont de nouveaux être au cœur de nos actions de développement. Je veux aussi souligner le travail formidable du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), un organisme du gouvernement du Canada, qui soutient et finance la recherche et l’innovation dans les régions en développement. Ses efforts en Algérie se déploient particulièrement dans le domaine agricole.

Quels sont les secteurs d’activité qui intéressent les investisseurs canadiens en Algérie?

L’Algérie est un marché important pour les investissements canadiens. L’actif total des compagnies canadiennes présentes en Algérie a d’ailleurs atteint un sommet au cours des cinq dernières années – plus de 2,6 milliards de dollars canadiens en 2017. Sans surprise, les principaux secteurs d’intérêts pour les entreprises canadiennes sont ceux où le Canada a des entreprises qui sont des chefs de files à l’international : les secteurs de l’infrastructure et des services de génie-conseil, de l’éducation, de l’aérospatiale, des technologies de l’information et des communications, ainsi que de l’agriculture. Nous surveillons aussi de près le secteur minier, d’autant plus que l’Algérie a indiqué vouloir développer celui-ci. Le Canada est un leader mondial dans ce domaine et plusieurs entreprises minières canadiennes, grandes et moins grandes, ont l’expérience de travailler à l’étranger et notamment en Afrique. Lorsque l’on pense à l’industrie minière, il ne faut pas oublier qu’au-delà des opérations d’extractions, il y a toute une gamme de produits et de services qui sous-tendent et soutiennent celles-ci. Je me réjouis d’ailleurs qu’une importante délégation algérienne ait participé à la convention annuelle de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs, ce qu’on appelle communément le PDAC, qui s’est tenue virtuellement ce mois-ci (mars). Je suis aussi très content que le Ministre Arkab, que j’ai rencontré en novembre dernier et de nouveau tout récemment en raison de ses nouvelles responsabilités pour le secteur de l’énergie, ait pu participer au Sommet International des Ministres des Mines. Le PDAC est un évènement absolument intournable pour le secteur minier international et une participation algérienne annuelle pourrait être clé pour la réussite du développement de ce secteur ici en Algérie.

Combien d’étudiants algériens sont-ils inscrits dans les universités canadiennes ?

Le Canada et l’Algérie sont également unis par des liens culturels et universitaires. Il existe notamment plusieurs accords interuniversitaires au niveau de la recherche et de l’enseignement. Il y a d’ailleurs quelques 3500 étudiants algériens qui, en temps normal, sont inscrits dans les institutions d’enseignement supérieurs au Canada.

Quel est le nombre d’algériens établis au Canada ?

Il est impossible de passer sous silence les forts liens entre nos populations. Il y a plus de 120 000 algériens établis au Canada, une communauté dynamique qui contribue à façonner le Canada moderne. Cette communauté est un levier essentiel du développement de la coopération entre nos deux pays. Avant la pandémie, l’existence de vols directs entre Montréal et Alger par Air Algérie et depuis 2017 par Air Canada témoigne de la vitalité de ces liens.

Monsieur l’Ambassadeur, souhaiteriez-vous délivrer un message à l’issue de cet entretien ?

J’aimerais terminer avec les mêmes mots qu’en introduction : l’Algérie est un pays avec un potentiel économique énorme. Dans plusieurs domaines, l’expertise et le savoir-faire canadien restent disponibles pour accompagner l’Algérie dans le développement de ce potentiel.

Y.M.

 

 

 

 

 

 

 

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