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Noureddine Koudil, DG de CNAN Med à Algérie Invest : «L’ambition des pouvoirs publics est de porter la part de marché du pavillon national à 30%»

«on ne va pas se limiter à l’acquisition de 25 navires, on va aller beaucoup plus loin que ça»

Dans cet entretien, le premier responsable de cette entreprise qui vient d’être absorbée par la CNAN EL Djazair, rencontré lors du forum maritime d’Alger, décline l’objectif des pouvoirs publics, à savoir  faire renaitre la grande Cnan qui était dans les années 70 et 80 le premier armateur en Afrique. Il indique, en outre, qu’en termes d’impact sur l’Algérie des turbulences dans la mer rouge, les prix du fret peuvent doubler : de 1500 à 3000 dollars.

M. Noureddine Koudil est une figure de proue du transport maritime en Algérie avec près de 35 ans d’expérience. Diplômé en 1988 de l’École Nationale Supérieure Maritime, il commence sa carrière chez SNTM-CNAN comme jeune officier. Il gravit rapidement les échelons pour devenir sous-directeur de l’armement national. En 2002, il rejoint NASHCO, spécialisée dans la consignation maritime, où il devient Inspecteur Général puis directeur de la qualité et enfin Directeur central en charge du développement commercial.

M. Koudil poursuit sa carrière en prenant part à la mise en place du système « Irshad Management System » pour Abu Dhabi Petroleum Port Operation Company, une filiale d’ADNOC aux Émirats Arabes Unis. Cette expérience lui ouvre des portes dans le secteur privé, et il est recruté par le groupe CEVITAL comme directeur d’exploitation, puis devient Directeur Général de NOLIS en 2013. 

En 2020, il revient à la CNAN pour diriger CNAN MED, une joint-venture entre le Groupe Algérien des Transports Maritimes et la société italienne DARIO PERIOLI, assurant un service régulier entre les ports algériens et européens.

Entretien réalisé par : Khaled Remouche

Algérieinvest: Comment sera restructurée la CNAN ?

M. Noureddine Koudil: Il y a eu la création d’une nouvelle CNAN qui s’appelle CNAN El Djazair. Les pouvoirs publics ont décidé de fusionner les deux CNAN pour former CNAN El Djazair.  CNAN El Djzair est née .Nous aurons affaire à une seule CNAN dorénavant. Cnan Med et Cnan nord, chacune travaillait toute seule. Les pouvoirs publics ont décidé en  de créer Cnan El Djazair issu de CNAN nord et CNAN Med. C’est elle qui sera l’armement public,  le représentant du pavillon national.

Quel est le patrimoine actuel de la CNAN ?

Les deux CNAN disposent de 12 navires. Ces navires vont revenir à Cnan El Djazair

Où en est le programme d’acquisition des navires décidé par les pouvoirs publics ?

Il est prévu l’acquisition de beaucoup de navires. C’est dans le pipe. C’est Cnan El Djazair qui procèdera à l’acquisition de ces navires. Il est prévu dans ce programme l’acquisition de 25 navires. Sur ces 25 navires, nous en avons acquis 12 répartis entre Cnan Nord et Cnan Med.

Comment sera augmentée la part du pavillon national dans le marché du  transport maritime de l’Algérie ?

L’objectif aujourd’hui des pouvoirs publics est d’aller au minimum à une part de 30% du marché. Le transport maritime est une activité stratégique. Les navires coutent chers. Le montant varie selon le type de navire. Il s’agit d’acheter de nouveaux porte-conteneurs, de nouveaux navires céréaliers, et tout ce que l’Algérie a besoin en termes de capacité, de types de marchandises. Je pense que pour les 25 navires, une enveloppe a été allouée en 2013. Avec maintenant, l’ambition des pouvoirs publics qui veulent  faire renaitre le pavillon national, on ne va pas se limiter à l’acquisition de 25 navires. On va aller beaucoup plus loin que ça.

Quelle était la place du pavillon national sur le marché maritime mondial ?

La CNAN dans les années 70 et même dans les années 80 était le premier armateur africain. Elle faisait tous types de transports.  Maintenant, les armateurs se sont spécialisés. Certains se sont spécialisés dans le conteneur, d’autres dans le vrac. Les armateurs que vous prenez comme  CMA CGM, MSC, Cosco, ces compagnies  se sont spécialisées dans le conteneur. D’autres dans des types différents de marchandises. Cnan Med et Cnan nord faisaient du transport de marchandises hors hydrocarbures.

Quelles sont les contraintes que rencontrent les compagnies maritimes qui représentent le pavillon national ?

Les ports nationaux sont appelés à se développer. Généralement dans le bassin méditerranéen, il  n’y a que de petits ports. Les ports qui acceptent de gros navires sont généralement nouveaux. Ils se sont constitués en ports hub qui acceptent de gros tonnages. Le fait que les navires repartent vides est une contrainte. Cela intéresse l’armateur que les navires repartent pleins. Il y a un manque à gagner s’ils repartent vides. L’Algérie importe plus qu’elle en exporte. Les choses sont en train de changer de manière substantielle. Il y a une tendance à l’export de plus en plus volumineuse.

Quelle est la place de la Cnan par rapport à la concurrence de CMA CGM, de Maersk, d’Arkas ?

On ne peut pas les appeler des concurrents parce que CMA CGM et Arkas se sont spécialisés dans un type de marchandise qui est le conteneur. La CNAN est un armateur qui charge tous types de marchandises conteneur, vrac, marchandises diverses. Ce n’est pas le même modèle, ce n’est pas le même paradigme.

Etes- vous sollicités par les exportateurs nationaux ?

La CNAN est sollicité par les exportateurs nationaux parce les prix du fret que nous proposons  sont moins chers. En outre, nous encourageons le paiement en dinars. Il y a aussi le relationnel. La Cnan a son siège en Algérie. L’exportateur national ne peut travailler avec les autres armateurs qu’avec leur représentant. Nous sommes la société mère. S’il veut voir le responsable de la société mère, il est le bienvenu. Le premier responsable de la CNAN peut se déplacer chez le siège de l’entreprise exportatrice. D’ailleurs, demain j’ai une réunion avec un gros exportateur.

La CNAN est –elle sortie de  sa crise financière ?

La CNAN est sortie de la crise financière. Avec la création de cette nouvelle société CNAN El Djazair , l’Etat entend la booster et faire de la CNAN ce qu’elle était il y a des années . Il s’agit pour elle de récupérer la part de marché qu’elle a perdu. Il s’agit de développer le conteneur, développer les lignes régulières. Tout cela nécessite une mise à jour, un effort de formation.

Quelle est l’importance de la formation dans cette ambition des pouvoirs publics qui consiste à faire renaitre la grande CNAN ?

Le transport maritime suit le cours quotidien du commerce international. Donc on doit être très au fait de ce qui se passe dans le commerce international et comment les transporteurs mondiaux s’adaptent aux évolutions du commerce international.

Quel est l’impact des turbulences en Mer rouge sur l’Algérie en termes de fret ?

L’Algérie n’est qu’une niche. Ces turbulences touchent tous les pays. En termes de conteneurs, il y a trois grandes routes maritimes. Il y a la route Chine-Europe, il y a la route transatlantique Europe-USA, il y a la route Chine-USA. C’est la plus importante. Elle passe par l’océan Pacifique. Le Canal de Suez, c’est 15% du trafic maritime mondial. Certaines compagnies continuent de passer par la mer rouge. D’autres compagnies craignent les effets de cette guerre à Gaza. Ils détournent leurs navires et passent par le Cap de bonne Espérance. Et là le fret peut doubler : de 1500 dollars à 3000 dollars. C’est une distance plus longue, c’est donc une consommation en énergie en plus.  L’organisation logistique chamboule la situation. Les compagnies qui passaient par la mer rouge choisissaient comme port de transbordement la Pyrée, Malte. Maintenant, on est obligé de passer par le Cap de Bonne Esperance, ils choisissent les ports de transbordement les plus proches Valence Algerisas plutôt que la Pyrée.

Quelle est votre appréciation sur l’ouverture du marché du transport maritime en Algérie ?

Le transport maritime est un métier. L’ouvrir, il n’y a pas de raison de le fermer. D’abord,  Il est déjà ouvert. Il y a des dispositions réglementaires qui le permettent. Mais on ne peut pas ouvrir le marché au premier venu. Les conditions d’exercice du transport maritime doivent  être  draconiennes. Parce qu’il s’agit  d’un métier. Il ne suffit  pas de disposer d’un navire pour créer une compagnie maritime privée et exercer ce métier.

Le décret de 2008 répond-il à ce souci de professionnalisme dans l’ouverture du marché ?

Il répond à ce souci.  La nouvelle compagnie maritime doit  obéir à ces conditions. Ce n’est pas un métier propre à l’Algérie.  La particularité de ce métier, C’est un métier éminemment porté à l’international. Vous devez être au même diapason de ce qui se passe à l’international. Vous devez avoir le même savoir avec celui avec  qui  vous traitez à l’international. Vous devez être très à cheval concernant la connaissance, le savoir-faire. Parce que le pavillon national représente un pays, donne une bonne image du pays.

K.R.

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