Pétrole : l’offre mondiale excédera la demande d’ici 2030, selon l’AIE
L’agence prévoit un marché bien approvisionné, mais alerte sur les risques géopolitiques
Malgré les tensions au Moyen-Orient et une demande toujours croissante, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe un excédent structurel de l’offre pétrolière à moyen terme.
Alors que l’attention se focalise sur les tensions israélo-iraniennes, l’AIE publie ses prévisions à moyen terme dans son rapport Oil 2025, qui analyse les dynamiques de l’offre, de la demande et du raffinage jusqu’en 2030. L’agence y affirme que l’offre mondiale de pétrole devrait augmenter de plus de 5 millions de barils par jour (mb/j) d’ici la fin de la décennie, pour atteindre 114,7 mb/j, soit bien au-delà de la croissance attendue de la demande, estimée à +2,5 mb/j, pour un total de 105,5 mb/j en 2030.
Cette tendance traduit un changement fondamental dans les équilibres du marché pétrolier. La Chine, moteur principal de la demande pendant plus de dix ans, atteindra son pic de consommation dès 2027, freinée par l’essor des véhicules électriques, du rail à grande vitesse et du gaz naturel dans le transport routier. Dans le même temps, la production américaine continuera de croître, mais à un rythme ralenti, les entreprises privilégiant la discipline financière. Parmi les pays à l’origine de la hausse de l’offre, l’AIE cite les États-Unis, le Canada, le Brésil, la Guyane et l’Argentine, dont la montée en puissance devrait suffire à couvrir l’augmentation de la demande, même si l’OPEP+ poursuit ses réductions de production.
Le rapport souligne aussi l’impact de la transition énergétique sur la structure du marché. D’ici 2030, les véhicules électriques devraient remplacer 5,4 mb/j de pétrole, avec des ventes record attendues à 20 millions d’unités dès 2025. En parallèle, le recours croissant au gaz naturel et aux renouvelables pour la production d’électricité, notamment au Moyen-Orient, limite encore le potentiel de croissance de la consommation pétrolière. L’industrie pétrochimique devient, quant à elle, le nouveau pilier de la demande, avec un baril sur six qui y sera consacré en 2030. Cette mutation, portée par la forte demande de liquides de gaz naturel (LGN), impactera le secteur du raffinage, dont la capacité excédera nettement la demande en produits raffinés, entraînant des fermetures d’unités dans les prochaines années.
Malgré ce tableau globalement stable, l’AIE appelle à la vigilance. « Si l’on en croit les fondamentaux, les marchés pétroliers devraient être bien approvisionnés dans les années à venir, mais les événements récents mettent en évidence les risques géopolitiques importants qui pèsent sur la sécurité de l’approvisionnement », a déclaré Fatih Birol, directeur exécutif de l’agence. L’AIE réaffirme son engagement à travailler avec producteurs et consommateurs pour garantir la sécurité énergétique mondiale.
La demande pétrolière africaine en forte croissance d’ici 2030
Tirée par la démographie et l’essor économique, la consommation de pétrole en Afrique augmentera de 2,9 % par an jusqu’à la fin de la décennie. Selon les prévisions publiées dans le rapport Oil 2025, la demande pétrolière sur le continent africain connaîtra une croissance annuelle moyenne de 2,9 % entre 2024 et 2030. Cette progression est en ligne avec la croissance démographique prévue (+15 %) sur la même période, qui portera la population africaine à 1,32 milliard d’habitants d’ici 2030.
L’évolution du produit intérieur brut (PIB) soutient également cette dynamique, avec une croissance annuelle estimée à 3,8 % en moyenne sur 2024-2030, contre 3,6 % durant les années 2010. Cette hausse de la consommation pétrolière sera relativement équilibrée entre les différents types de produits, avec une croissance similaire d’environ 2,8 % par an pour l’essence, le gasoil et le kérosène/jet.
Cependant, la consommation de kérosène demeurera marginale (270 000 barils/jour en moyenne), en raison de la faible accessibilité du transport aérien pour la majorité de la population. À l’inverse, les gaz de pétrole liquéfiés (LPG/éthane) connaîtront la croissance la plus rapide (+5,1 %/an), pour atteindre près de 900 000 barils/jour en 2030, stimulée par la montée en puissance des solutions de cuisson propre.
Sur le plan national, l’Égypte restera le principal consommateur du continent, avec 1,2 million de barils/jour en 2030, soit plus de 20 % de la demande africaine totale. Suivront l’Algérie, le Nigeria et l’Afrique du Sud, avec une consommation d’environ 600 000 barils/jour chacun.
Toutefois, les perspectives restent fragiles, souligne l’AIE, en raison des crises monétaires et de la dette qui ont récemment affecté des pays comme l’Égypte et le Nigeria, ayant nécessité l’intervention du FMI et de la Banque mondiale. Néanmoins, le Nigeria devrait enregistrer la plus forte croissance de la consommation pétrolière sur la période (+26 %), grâce à sa jeunesse démographique, son industrialisation croissante et une consommation énergétique encore faible par habitant.
À l’opposé, l’Afrique du Sud affichera une croissance très modérée de sa demande pétrolière, freinée par une base de consommation déjà élevée et une crise énergétique persistante, reflet de difficultés économiques structurelles.
Lire le rapport ICI
A.I.




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